Malgré tout - Zoo d'hiver

Une après-midi au parc de la Tête d'or

 

Au soleil d’hiver,

Les girafes rêvent de chaleur

En pensant à leurs sœurs lointaines.

Mais peu rancunières,

Elles attisent malgré tout nos cœurs

D’un wax aux couleurs africaines.

 

Au pinceau morose,

Les frimas du mois de janvier

Peignent nos vies d’une humeur blanchâtre.

Éteints, les flamants roses

Figés dans leur aplomb jambier

Irisent malgré tout leur tutu d’albâtre.

 

La morte saison

Tire de l’ombre nos espoirs déçus,

Hier se plait à railler demain.

Fier de son blason,

Dans sa fausse savane, le roi déchu

Marche malgré tout de son pas léonin.

 

Nus et impavides,

Leurrés par les saisons perfides,

Les arbres dorment de guerre lasse.

Enfant des pyramides,

Gueule ouverte, le crocodile placide

Sourit malgré tout du temps qui passe.

 

Dans la forêt d’Asie,

Seuls quelques ibis sondent la mare,

Une fois de plus, le tapir* se cache.

Reste l’amnésie

Pour, malgré tout, digérer nos cauchemars

Et croire à nos rêves en bravaches.

 

Pour le rare fretin,

Dans la brume où le manque fait peur,

Les colverts se prennent de bec.

Sur le lac d’étain,

Sans lever malgré tout la torpeur,

Le tire-d’aile des cygnes claque sec.

 

La toison de vair

Semble enfin me protéger du froid

Sans promettre la sérénité.

Un singe en hiver,

Nulle part chez lui, partout maladroit,

Fuir avant tout l’intranquillité.**

*Le Baku appartient à la culture japonaise mais est issue du folklore chinois. Bien que de part son nom (en japonais) et sa trompe il soit associé au tapir, cette créature est une chimère. On lui attribue le plus souvent une queue de vache, des défenses d’éléphant et des pattes de tigre.

Le Baku est une créature dévoreuse de rêve, que l’on peut invoquer pour chasser mauvais rêves et cauchemars, faisant de lui une créature assez bienveillante.

** « Il y a du sublime à gaspiller une vie qui pourrait être utile, à ne jamais réaliser une œuvre qui serait forcément belle, à abandonner à mi-chemin la route assurée du succès… Pourquoi l’art est-il beau ? Parce qu’il est inutile. Pourquoi la vie est-elle si laide ? Parce qu’elle est un tissu de buts, de desseins et d’intentions. Tous ses chemins sont tracés pour aller d’un point à un autre. Je donnerais beaucoup pour un chemin conduisant d’un lieu d’où personne ne vient, vers un lieu où personne ne va… La beauté des ruines ? Celle de ne plus servir à rien. »

Fernando Pessoa,  Le livre de l'intranquillité

Un singe en hiver est un roman d'Antoine Blondin paru en 1959. « Ainsi, en Chine, l'hiver, des singes égarés se réfugient dans les villes. Quand ils sont assez nombreux, on chauffe un train pour eux et on les renvoie vers leurs forêts natales. »