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Nous aurions voulu

J'aurais voulu, un mois de mai dix-neuf cent quatre-vingt-un,

Ma main dans la tienne, dans l'autre une rose au poing,

Marcher rue Soufflot, et sur la montagne Sainte-Geneviève,

Lire dans tes yeux de Marianne, l'espoir et le rêve.

 

J'aurais voulu croiser ton regard dans la foule, ce jour de corrida.

Dans la chaleur du mois d'août, Manolete fait danser la muleta.

L'Espagne retient son souffle, crie et chante à la gloire du matador,

Elle ne sait pas encore, Islero, lui aussi, donnera la mort.

 

J'aurais voulu t'écrire quelques mots, peut-être les derniers,

Dans la soute du bateau, nous attendons, nous serons les premiers.

Puis le vent nous fouette, nous courons vers bloody Omaha,

Mon cœur s'arrête, je serre ma lettre, encore quelques pas.

 

J'aurais voulu en cette nuit de novembre dix-neuf cent quatre-vingt-neuf,

Passer sous la porte de Brandebourg comme l'on traverse le pont Neuf,

Surmonter ma timidité, te prendre dans mes bras, franchir les frontières,

Te mettre au pied du mur et t'embrasser de l'autre côté de la barrière.

 

J'aurais voulu que tu m'entendes prononcer ces vers, une tirade,

Pas seulement des alexandrins, une déclaration, une bravade.

Un appel romantique, un poème dessiné sur ta bouche

Si bien tourné, qu'à la fin de l'envoi, il touche.

 

Tu aurais voulu, encore une fois, que nos corps fusionnent,

Plus qu'un désir, un espoir, une promesse, que je m'abandonne.

Tu aurais voulu voir notre avenir, là, blotti dans mes bras,

Ma main sur les cheveux de cet enfant que je ne te donnerai pas.